Pourquoi les pays industrialisés doivent apporter leur expertise en conception de bâtiments verts dans les pays émergents dès à présent, et comment d’anciens principes mis au goût du jour permettent d’atteindre des résultats significatifs, rapidement et facilement.

 En 2014, 54%[1] de la population mondiale réside dans des zones urbaines. Cette part n’était que de 30% en 1950, et devrait atteindre 66% en 2050 selon les dernières projections. Cela signifie un ajout de 2,5 milliards de personnes en zone urbaine, dont près de 90% en Asie et en Afrique.

 Les pays industrialisés ont bénéficié d’un développement progressif, leur permettant une urbanisation relativement lente, allant souvent de pair avec leur évolution industrielle (évolution dans la construction des bâtiments, des réseaux égouts, dans les modes de transport en commun, etc.).

A titre d’exemple, Paris compte aujourd’hui 2,3 millions d’habitants et possède un réseau de métro depuis début 1900. Jakarta compte aujourd’hui plus de 15 millions d’habitants, et une première ligne de métro prévue pour…2017 !

 Les pays émergents doivent répondre à une explosion démographique couplée à une migration des zones rurales vers les zones urbaines.

Beaucoup des mégalopoles actuelles sont situées dans ces pays émergents qui vont continuer leur expansion durant les prochaines années : Bombay, Lagos, Calcutta, Karachi, Jakarta, Manille…

 Ces villes doivent continuellement construire, s’équiper, rénover pour accueillir sans cesse plus de populations et continuer leur développement économique.

Big cities in 2030

 Une  vitesse d’urbanisation ne donnant pas le droit à l’échec

Le développement économique se doit d’être durable. Les gouvernements et les acteurs concernés doivent être proactifs. Toute non-action face à ces challenges et à la vitesse d’urbanisation se traduit à court terme par un ralentissement économique, à moyen et long terme par une asphyxie de l’activité car la ville ne peut subvenir aux besoins primaires de toute organisation : se déplacer, fournir de l’énergie, héberger…

La trop grande consommation énergétique des bâtiments de Buenos Aires mêlée à une forte croissance urbaine et un réseau de production et d’acheminement électrique non adapté entraine des black-out réguliers en période estivale, durant plusieurs jours dans certains quartiers. A l’été, des groupes électrogènes fleurissent partout en ville pour pallier ce problème.

[…] les bâtiments sont une partie de la réponse, nécessaire mais non suffisante, aux problématiques environnementales et économiques imposées par l’urbanisation rapide des pays en voie de développement.

Début 2014, le réseau routier de Jakarta occupait une empreinte de 6,2% de la surface de la ville (à titre de comparaison l’empreinte dans des villes comme New York, Tokyo ou Singapore avoisine les 15-20%). De plus, le développement du réseau routier n’est que de 0,9% par an, quand simultanément le nombre de véhicules augmente de 9%. Les experts sont unanimes, la congestion du réseau routier va diminuer l’attractivité de la ville et de ce fait ralentir son développement économique.

Dans la multitude des problématiques liées à l’expansion, les bâtiments sont une partie de la réponse, nécessaire mais non suffisante, aux problématiques environnementales et économiques imposées par l’urbanisation rapide des pays en voie de développement.

Entre fausses idées sur le bâtiment durable et manque d’intérêt

Le challenge est immense, mais loin d’être impossible. Il « suffit » de faire bien dès le début. L’émergence des certifications environnementales Breeam, Leed, HQE, … ; et leur puissance marketing véhiculent l’image qu’un bâtiment durable est un bâtiment certifié et plus cher. Ces démarches de certifications permettent d’assurer un niveau de performance minimum, mais elles ne sont nullement une obligation. De même un bâtiment durable n’est pas un bâtiment plus cher, bien au contraire dans beaucoup de cas.

[…] INDESO à Bali (Indonésie), démontre qu’il est possible d’atteindre un haut niveau d’efficacité énergétique. La performance atteinte y est remarquable avec une consommation inférieure à 100 kWh/m².an, soit 60% plus efficace qu’un bâtiment classique.

Illustrons l’idée avec le cas concret de l’Indonésie et de l’énergie. La consommation moyenne des bâtiments de bureaux y est de 250 kWh/m².an. Peu de nouveaux projets sont conçus avec des objectifs d’économie d’énergie. Pour des raisons de coûts (d’étude, de construction), mais aussi, et principalement, par manque d’intérêt (conscience écologique, faible coût de l’énergie, pas d’obligation réglementaire, pas d’aide financière ou fiscale de l’état).

Certains bâtiments, comme INDESO à Bali (Indonésie), démontrent qu’il est possible d’atteindre un haut niveau d’efficacité énergétique. La performance atteinte y est remarquable avec une consommation inférieure à 100 kWh/m².an, soit 60% plus efficace qu’un bâtiment classique. Pour atteindre cette performance, une des meilleures en Indonésie à ce jour, de légers surcoûts[2] d’étude et de construction ont été nécessaires. Cependant, ces surcoûts seront largement compensés par les économies générées dans les années à venir.

Comprendre les pays émergents et adapter l’ingénierie

Inversons maintenant le raisonnement. Partons du principe que les acteurs du domaine ne développent pas de bâtiment durable car ils n’ont pas de vision à moyen terme, ce qui est le cas dans beaucoup de pays émergents, et souhaitent ainsi limiter les coûts (consultant en phase conception puis surcoût de construction).

Illustration-ParetoBien que la relation ne soit pas forcément linéaire entre le temps passé et le coût des études de conception, on peut tout de même faire un parallèle intéressant avec le principe de l’économiste italien Pareto, mieux connu sous « loi des 80/20 ». « Pour un phénomène, 20 % des causes produisent 80 % des effets ». D’après Benjamin Crevant de GreenBuilding4All : « Concevoir un bâtiment consommant 100 kWh/m².an, ce qui est extrêmement performant, demande un temps d’étude relativement long.

[…] Pour un phénomène, 20 % des causes produisent 80 % des effets ». D’après Benjamin Crevant de GreenBuilding4All, […] viser une amélioration de la performance énergétique aux alentours de 150 kWh/m².an est techniquement facile, rapide et pas cher.

Cependant, il est intéressant de noter que la relation entre amélioration de la performance énergétique et temps d’étude n’est pas linéaire. Il est ainsi beaucoup plus rapide et facile de passer de 250 à 200 kWh/m².an que de 150 à 100 kWh/m².an. Bien qu’il soit difficile d’appliquer le principe de Pareto sous sa forme brute dans l’efficacité énergétique, il peut être interprété de la sorte : 30 à 40% du temps d’étude permettent de réduire la consommation énergétique de 250 à 150 kWh/m².an. Viser une amélioration de la performance énergétique aux alentours de 150 kWh/m².an est techniquement facile, rapide et pas cher. En phase de construction, le surcoût est léger voire nul (0-4%) car la performance est gagnée par une amélioration de l’architecture et une meilleure utilisation des équipements techniques (rarement par l’acquisition de climatiseurs ou de panneaux solaires onéreux) ». Les économies générées sont importantes, 100 kWh/m².an, améliorent aussi le confort et la pérennité du bâtiment. Le temps de retour sur investissement est généralement inférieur à 5 ans. Les impacts sont énormes, à toutes les échelles :

  • Particuliers : moins sujets aux fluctuations des prix de l’énergie, cadre de vie/travail plus sain et agréable ;
  • Professionnels de l’immobilier : amélioration de leur bâtiment, de sa pérennité et meilleur rentabilité sur chaque opération.
  • Gouvernements municipalités : réduction des problématiques d’approvisionnement en énergie et amélioration de la « qualité urbaine » (effet d’îlot de chaleur, pics de pollution).

L’image des « bâtiments verts » réservés à l’élite des pays industrialisés disparaît dès lors que l’on considère les bonnes hypothèses d’entrée. C’est justement dans les pays en développement qui connaissent une forte expansion que nous devons apporter notre expertise acquise dans les pays industrialisés.

Notes:

[1] Source : rapport des Nations Unies

[2] Données confidentielles.

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